Information

Stiglitz et les heureux 90

Stiglitz et les heureux 90

J'ai rencontré J. Stiglitz en 1988, dans sa chaire à l'Université de Princeton à une époque où il focalisait son attention sur le marché du travail et restait étranger au Nobel (2001) et à son expérience de premier vice-président de la Banque mondiale et président du Conseil des conseillers économiques du président Clinton. Mais sa semence critique transparaissait déjà ...

  • Titre: Les heureuses années 90. La graine de la destruction
  • Auteur: Joseph E. Stiglitz
  • Éditeur: Taurus 2003
  • Évaluation: (***)
  • Achetez ce livre sur Amazon

Commentaire:

Il y a quelques mois, le livre Burbuja.es (José María Patiño) a été publié en Espagne, un travail journalistique qui décrit avec d'abondantes informations l'aboutissement des heureuses années 90 en Espagne. Beaucoup à digérer en si peu de temps. Il y a encore des hommes d'affaires, des politiciens, de jeunes entrepreneurs qui n'ont pas su ce qui s'est passé. Ce livre de Stiglitz arrive à un bon moment et jette un éclairage nécessaire pour interpréter une décennie très intéressante du point de vue de l'économie et des affaires.

La crise mondiale provoquée par le 11 septembre survient dans un contexte où la gauche et la droite ont perdu la boussole. Plus précisément, la perte d'équilibre entre l'État et le marché. Stiglitz souligne les excès de la déréglementation et des scandales d'entreprise, ainsi que la gestion inadéquate de la macroéconomie comme facteurs fondamentaux de déséquilibres et de distorsions importantes dans le contexte de la mondialisation actuelle.

Peu d'économistes ont le courage de Stiglitz de signaler les limites de la Réserve Fédérale des Etats-Unis: «La Réserve Fédérale des Etats-Unis représente un curieux mélange: elle est indépendante et pourtant dominée par les chiffres des marchés financiers et, d'autre part, par les hommes d'affaires, donc où les voix des travailleurs ou des consommateurs sont pratiquement inaudibles. "

Comptabilité créative, Enron, la Réserve fédérale omnipotente ... Stiglitz propose de démystifier les mythes. Le mythe de la réduction du déficit, le mythe que les guerres sont bonnes pour l'économie, le mythe du héros, le mythe de la main invisible, le mythe de la finance, le mythe du capitalisme mondial, le mythe du capitalisme triomphant à l'américaine ( connues sont leurs positions concernant la crise argentine, par exemple).

Bref, Stiglitz nous emmène vers un nouvel idéalisme démocratique: vision et valeurs (chapitre 12) avec de nouveaux défis orientés vers la justice sociale (égalité des chances, emploi ...) et une remise en cause d'une bataille réelle et profonde entre l'individu et le la société et la récupération du rôle des communautés.

Dans l'Espagne des entreprises qui peinent à se frayer un chemin de l'autre côté de l'Atlantique, la victoire de Zapatero le 14 mars 2004 intervient à un moment d'épuisement d'un cycle politique européen où la droite française s'en va, les travaillistes anglais abandonnés depuis longtemps la troisième voie en faveur de la voie de Bush et de l'Allemagne est débattue dans l'immense solitude de la recomposition de l'espace oriental européen. Les idées de Joseh Stiglitz ne passeront pas inaperçues pour nourrir une nouvelle impulsion idéologique.

apm, 22 mars 2004.


Vidéo: Economist Joseph Stiglitz: Capitalism Hasnt Been Working for Most People for the Last 40 Years (Juin 2021).